« I watch how the moon sits in the sky in the dark night
Shining with the light from the sun
And the sun doesn't give light to the moon assuming
The moon's gonna owe it one»
« La patience est une vertu que s'acquiert avec de la patience » Avachie à mon bureau vierge, j'observais pensivement la devise gravée au centre d'un élégant presse-papier en bois que mon père m'avait offert lors de mon 15e anniversaire. Malgré les nombreuses années qui s'étaient écoulées depuis, le morceau de bois, parfaitement conservé, semblai toujours aussi neuf, toujours aussi ravissant... Cependant, le petit coffret de marbre dans lequel il m'avait été offert était recouvert d'un léger film poussiéreux. Entouré d'un ruban de satin rapiécé, le coffrait trônait, oublié, au milieu du chambranle de la cheminée.
“It makes me think of how you act for me
You do favours and then rapidly
You just turn around and start asking me about
Things you want back from me”
Quelques rapides frappements à la porte me sortirent de ma torpeur. Les coups résonnant faiblement contres les parois tapissée de la pièce créèrent une atmosphère théâtrale et poussant un soupir de lassitude, j'attendis l'écho mourir avant d'aller ouvrir. Mon visiteur ne me salua pas ; D'ailleurs il ne m'accorda même pas un regard. Sans un mot, il franchit le seuil d'un pas décidé, ôta son manteau et l'envoya valser sur l'une des boites en cartons qui trainait au pied du lit. L'air frais s'engouffrant a travers ma chambre me fit frissonner et d'un coup de pied, je claquai sèchement la porte.
“I'm sick of the tension, sick of the hunger
Sick of you acting like I owe you this
Find another place to feed your greed
While I find a place to rest”
« Désolé pour le désordre... j'ai presque terminé » A vrai dire, je venais a peine de commencer et le désordre n'avait jamais été un problème pour moi. Techniquement, cette chambre serait la mienne jusqu'à 22h, donc techniquement l'état dans lequel elle se trouvait ne concernait personne d'autre que moi. Malgré tous les mauvais souvenirs et toutes les nuits blanches recroquevillée sous la couette, je n'avais pas tout à fait hâte de quitter Manor Ridge. Enfin de compte, cette éviction me mettait au pied du mur : je n'avais nulle part ou aller et il était hors de question de retourner chez moi et de subir les mines satisfaites et les sourires narquois de mes aïeuls.
“I wanna be in another place
I hate when you say you don't understand
I wanna be in the energy, not with the enemy
A place for my head...”
Balayant la pièce du regard, ses yeux se posèrent sur mes cartons à moitié vide et sur la montagne de vêtements qui s'était accumulée pêle-mêle le long du mur. Haussant imperceptiblement les sourcils, il me toisa un instant et se pencha légèrement en arrière comme par dégout ou mépris. Sans siller, je soutins son regard et le défia intérieurement. « Ne joue pas avec moi. Et cesses de faire ta sale gamine... » Il avait murmuré ces mots avec l'ombre d'un sourire. Oh oui, il jubilait intérieurement de me voire a la porte et s'il n'en tenait qu'a lui, il me prendrait par la peau du cou et me balancerait probablement a travers la fenêtre.
“Maybe someday I'll be just like you
And step on people like you do.
And run away all the people I thought I knew
I remember back then who you were”
Il fut un temps ou ses yeux me percèrent d'un regard différent, un regard ou régnait une confusion d'envie et d'une convoitise presque vulgaire. 18 mois plus tard, nous revoilà au même endroit, séparé par ce même gouffre. L'atmosphère semblait s'appuyer contre mes épaules et dans un mouvement de recul, je pris appui contre la porte de peur de m'écrouler en face de lui. Le silence m'assourdissait et menaçait de me faire craquer... M'éloignant de la porte, je lui fit un signe de la main lui indiquant qu'il étant l'heure pour lui de partir. Il demeura un instant silencieux et finis par reprendre son manteau qu'il boutonna rageusement.
“You used to be calm, used to be strong
Used to be generous, you should have known
That you'd wear out your welcome, now you see
How quiet it is all alone”
Et dans un nouveau claquement frigorifiant, il s'en alla et je me retrouvai à nouveaux seul parmi le fouillis. Je me réfugiai au coin de la chambre et sentant un sanglot amère me monter a la gorge, je me forçai à inspirer et m'accorda quelques secondes pour me clamer. Il était inutile de verser plus de larmes, le mal était fait. De plus, cela faisait plusieurs années que je m'étais armée contre les remords et les regrets.
“I'm sick of the tension...Sick of the hunger...”
Eventuellement, mon c½ur finit par retrouver un rythme normal et ma respiration devint moins aigue. Sans y réfléchir plus longtemps, je rassemblai le reste de vêtements et fourra le tout, sans ambages, dans une valise. Il fallait que je m'en aille, que je quitte cette pièce austère qui ne serait bientôt plus la mienne. Je m'accroupie en face de ma valise et la verrouilla rapidement. Avec une nouvelle poussée d'espoir et de détermination, je bondis en direction de la cheminée et délicatement, je pris le coffret de marbre entre mes mains.
“Sick of acting like I owe you this...”
Comme un enfant face a un gâteau d'anniversaire, je fis un v½u et souffla bruyamment dessus. Les particules de poussière se dispersèrent paresseusement et dansèrent un instant à travers un filet de lumière avant de regagner le sol. D'une main quelque peu tremblante, je défis maladroitement le n½ud du ruban et le laissa glisser a terre... L'intérieur de la boite était fourré d'un riche morceau de velours unis de couleur pourpre. Tel une ombre, je glissai jusqu'à mon bureau et récupérai le morceau de bois.
“Find another place to feed your greed... While I find a place to rest”
Assis sur la paume de ma main, le presse-papier me semblait étrangement ancien. Les lettres formant la devise avaient été élégamment gravées avec soin et pourtant, elles étaient la, désinvolte et nonchalante. « La patience est une vertu qui s'acquiert avec de la patience »... Encore hier matin, ces mots n'étaient rien de plus qu'une jolie façon d'instruire un enfant. Et pourtant, aujourd'hui elles semblaient m'encourager et me presser à prendre une décision ; a la minute même ou cette pensée me traversée l'esprit, mes doigts se replièrent fermement sur le morceau de bois et avec un sourire légèrement forcé je rassemblai mes paquets et saisi mon trousseau de clés. Il était temps de repartir.
“I wanna be with the energy, not with the enemy,
A place for my head...”